Impossible de connaître la longévité ou la facilité de réparation d’un produit ? Avec son nouveau label européen Longtime, la coopérative Ethikis entend guider les consommateurs vers les biens les plus robustes et les plus facilement réparables sur le marché.

Pièces détachées, garanties, durabilité… Comment savoir ce que vaut un produit du point de vue de sa longévité ? À la simple vue d’une étiquette constructeur, c’est impossible. « Pour répondre à cette question nous avons voulu créer un repère clair et fiable qui puisse couvrir une large gamme de produits et donner accès à une information objective et impartiale« , nous explique Elsa Lomont, cofondatrice de la coopérative Ethikis dont l’objet est de promouvoir une éthique dans les domaines de la consommation et des usages. Après avoir été accompagnée par Ecocert pour le développement technique du Label Longtime, la coopérative s’est tournée vers Apave-certification pour décerner le logo aux marques qui en feront la demande pour leurs produits (la certification se fait au cas par cas et pour chaque produit).

Crédit image : Longtime

Le label « des produits durables et réparables »

Estimant qu’il est difficile pour le consommateur de connaître la durabilité d’un produit dans le temps en dehors de tests de performance sur internet, du discours des vendeurs ou encore de la notoriété d’une marque, les fondateurs défendent la mise en place d’un label indépendant. Elsa Lomont est également persuadée que cette information peut bénéficier aux entreprises les plus engagées, parfois de taille moyenne, qui ont parfois du mal à se faire connaître et à faire valoir leur démarche faute de budget publicitaire.

Le projet s’inscrit dans une démarche de sensibilisation et de conscientisation, mais aussi de mise en valeur de la lowtech, des repairs café et, de manière plus générale, de modes de consommation plus sobres. « On a pas vocation à couvrir beaucoup de produits. Si demain 10 machines à cafés sont labellisées Longtime, c’est que nos critères sont mauvais« , explique Elsa Lomont. Elle rajoute : « On veut au contraire que notre label puisse servir de différenciateur, redirige les consommateurs vers les produits les plus exigeants et pousse les fabricants à repenser leur manière de concevoir et à produire différemment ».

Le logo Longtime. Crédit image : Longtime

Cahier des charges exigeant et labellisation indépendante

Mais concrètement, comme ça marche ? Ethikis a déterminé les critères (40 au total) qui seront ensuite évalués par l’organisme certificateur et à qui il appartiendra de décerner le label si ce cahier des charges est rempli. « Ce n’est pas Ethikis qui labellise, mais une organisation indépendante », insiste la cofondatrice.

Parmi ces 40 critères, qui peuvent être consultés ici, le caractère démontable, la qualité du service après-vente ou encore l’accessibilité aux informations concernant le produit. Lorsque le label Longtime est apposé à un produit, « le consommateur sait immédiatement que la conception du produit a été vérifiée en ce qui concerne sa robustesse et sa fiabilité. S’il devait y avoir une panne, tout est mis en œuvre pour assurer sa réparation », détaille Elsa Lomont. Cela concerne non seulement « l’accessibilité des pièces détachées », mais aussi « l’assurance que le consommateur ne se trouvera pas dans une situation où la réparation de l’objet lui coûte plus cher que d’acheter le même produit neuf », précise-t-elle. Une bonne nouvelle pour les consommateurs au mal d’informations ?

De la nécessité d’imposer des critères légaux

Si l’initiative est hautement noble et a le mérite de s’inscrire concrètement dans la réalité actuelle, l’évolution de nos sociétés devra nécessairement se tourner vers des réglementations plus strictes en amont, afin qu’aucune entreprise ne puisse, à long terme, produire de manière à générer une obsolescence tant manifeste que discrète. Une fois n’est pas coutume, le consommateur à lui seul n’a pas le pouvoir de faire basculer les fondements du capitalisme en choisissant simplement quel produit acheter ou pas en magasin. S’il existe bien une loi anti-obsolescence programmée dans l’hexagone, avec des risques de sanction de de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende pour les contrevenants, les nouveaux produits concrètement lancés sur le marché en 2018 montrent que les industriels n’ont pas froids aux yeux et craignent visiblement peu ces lois.


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