Des étiquettes floues, des composants potentiellement dangereux, sans compter l’empreinte carbone laissée par leur fabrication et l’usage de plastique pour le contenant à usage unique, les raisons ne manquent pas pour que les Français soient de plus en plus nombreux à vouloir fabriquer leurs produits ménagers. Sur les réseaux sociaux, forums et sites internet les recettes et trucs de grand-mère se partagent allègrement. Et pour aider ces concitoyens qui veulent se lancer sans courir les rayons de supermarchés en quête d’ingrédients ou se perdre sur internet dans de longues listes de recettes proposées, Gaspard Frémy a monté son entreprise : Zero Zone. Il propose des kits contenant tout le nécessaire pour fabriquer lessive, liquide vaisselle, nettoyant WC… avec des recettes rapides à réaliser. Présentation d’un projet porteur d’un message tant écologique, qu’économique et pratique !

Gaspard Frémy, un tout jeune Français, est parti d’un constat simple, comme beaucoup de gens de sa génération, la pollution, les enjeux écologiques et l’impact négatif de l’Homme sur l’environnement le préoccupent au plus point. Après des études d’informatique, il a décidé d’apporter sa pièce à l’édifice du zéro déchet en montant son entreprise dont il espère qu’elle incitera un maximum de consommateurs Français à privilégier les solutions alternatives aux produits industriels vendus en magasin. La mission de Zero Zone s’affiche d’ailleurs clairement sur la page d’accueil du site : “Vous aider à réduire votre impact écologique.” Mais que propose-t-il ?

Gaspard Frémy, le fondateur de Zero Zone

Gaspard Frémy propose donc de faciliter le processus de la confection “maison” de produits ménagers. Parmi les produits que le kit de Zero Zone permet de fabriquer soi-même on recense : de la lessive, de l’adoucissant, du détachant, du liquide et des tablettes vaisselle, du gel WC, du spray pour vitres et multi-usages et un déboucheur. Le kit couvrirait donc un vaste spectre de produits généralement vendus en grande surface. Le temps de fabrication de chacun des produits oscille entre 3 et 10mn seulement. Tout ce qui est nécessaire à l’entretien courant de son intérieur serait donc à portée de main. Ces produits fabriqués soi-même sont autant de produits en moins à acheter pour un coût de revient inférieur à terme, avec la satisfaction supplémentaire de ne plus consommer de plastique. L’économie est estimée, selon Gaspard, à six fois le prix déboursé en un an pour les mêmes produits en magasin.

Outre l’économie pécuniaire réalisée, l’impact écologique positif résultant de ce DIY ménager est tout aussi important. Car il est à souligner que Zero Zone n’utilise que des ingrédients naturels dont voici la liste : bicarbonate de soude, cristaux de soude acide citrique, savon noir liquide & de Marseille en paillettes, sodium Coco Sulfate, sel, amidon de maïs, terre de Sommières, Agar Agar, huiles essentielles de tea-tree et du citron ! Place à la simplicité sans perdre en efficacité. Parce que les produits vendus en grande surface sont souvent accompagnés d’ingrédients pétrochimiques supplémentaires et totalement inutiles, servant surtout une cause marketing pour séduire le consommateur.

Le kit de Zero Zone

En effet, les produits d’entretien vendus dans le commerce se démarquent trop souvent par l’opacité – voire dangerosité – de certains de leurs composants. Outre le fait que la liste de leurs composants est souvent compliquée à obtenir et rendue difficile à lire par l’emploi de termes synonymes ou génériques, les associations n’ont pas manqué d’alerter sur les risques que les ingrédients issus de la pétrochimie présentent pour l’utilisateur comme pour l’environnement : ainsi, en 2014 déjà, l’UFC Que Choisir avait alerté sur la pollution de l’air intérieur notamment due aux produits ménagers industriels mais aussi aux purificateurs d’air, aux désodorisants, aux peintures… Au bout du compte, l’air intérieur serait 5 à 7 fois plus pollué que l’air extérieur ! Un comble.

Et en 2013, l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques a publié une enquête révélant que 91% des produits ménagers émettraient des substances cancérogènes (comme le formaldéhyde), mutagènes et reprotoxiques. En outre, les produits testés ont augmenté le taux de concentration des COV dans l’air. Phosphates, ammoniaque, dichlore, tensioactifs de synthèse, voilà quelques-uns des composants de nos produits ménagers. Des éléments dangereux présents même dans certains produits dits “verts” ou “naturels” qui cachent surtout des opérations de greenwashing. De plus, nous ne connaissons les effets que de 3% des substances chimiques mises sur le marché… Nous n’avons aujourd’hui que très peu de recul sur l’effet cocktail. Mais des conséquences sur la santé sont déjà bien identifiées avec, selon le taux d’exposition et l’usage des produits : des risques de cancer, d’allergie, de toux, d’asthme, d’irritations, de difficultés respiratoires. La liste est déjà trop longue pour ne pas prendre acte.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’après utilisation, les produits d’entretien partent dans nos canalisations d’eaux usées pour être, parfois, déversés directement en pleine nature, entraînant la pollution de l’air, de l’eau et contaminant les organismes vivants en particulier aquatiques. Même si les eaux usées rejoignent le plus souvent une station d’épuration, elles n’y sont pas pour autant débarrassées de toutes les molécules chimiques dangereuses. Car chaque produit toxique nécessitant un traitement particulier, celui-ci n’est que rarement réalisé efficacement.

Le kit privilégie verre, carton et sachets en papier pour l’emballage de ses produits.

Au bout du compte, quelles bonnes raisons reste-t-il d’acheter encore des produits ménagers conventionnels en grande surface, le plus souvent sous plastique, si ce n’est par facilité ? La protection de la santé et de l’environnement mérite-t-elle vraiment d’être sacrifiée contre la praticité de produits prêts mais nocifs ? Question rhétorique, évidemment. Chacun jugera selon son spectre de valeurs. En attendant, pendant que le rare citoyen engagé tente de “sauver le monde” par sa consommation (un autre mythe à déconstruire), les industriels restent libres de nous inonder de plastique et de produits chimiques.

S. Barret


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