Proposer des objets électroniques en location pour les faire durer ? C’est le pari des fondateurs de Commown*, une coopérative française qui devrait voir le jour dans les prochaines semaines. Partis du constat que de nombreuses entreprises ont intérêt à ce que les consommateurs achètent régulièrement de nouveaux objets, quitte à provoquer leur obsolescence par des mécanismes divers et à faire baisser les prix sur le dos des humains et de l’environnement, les fondateurs ont voulu inverser la logique en s’associant à des marques comme Fairphone, qui misent sur un modèle économique vertueux. Construit à partir d’un modèle original, Commown entend apporter une réponse concrète au défi économique qui se pose aux industriels responsables tout en proposant un service utile aux usagers.

En France, toutes marques confondues, les smartphones ont une durée d’utilisation moyenne de seulement 22 mois environ Dans le même temps, la production de ces objets électroniques provoque des pollutions importantes et il a été démontré à plusieurs reprises qu’elle se faisait dans des conditions humaines catastrophiques : l’extraction des métaux est néfaste pour la santé et dans de nombreuses usines de production des enfants sont engagés. Peu éthique, ce modèle fait pourtant la joie des fabricants, qui font des profits importants grâce à ces externalités sociales et environnementales.

DSC_0204Encore rares dans le secteur, certaines entreprises, le plus souvent coopératives, ont néanmoins mis l’environnement au centre de leurs préoccupations, comme la marque Fairphone, qui s’engage en proposant des téléphones véritablement durables et réparables.

Mais à long terme,  ces entreprises peuvent être confrontées à un problème de taille : par définition, contrairement à leurs concurrents, leurs vente n’ont pas vocation à s’appuyer sur l’obsolescence programmée. Il faut donc proposer une autre manière de faire vivre ces téléphones équitables et ceux qui les produisent.

Pour les Fairphones et autres objets éthiques, « les modèles économiques habituels ne fonctionnent pas »

Concrètement, s’il on prend le cas du Fairphone, l’un des premiers objets électroniques qui sera loué par Commown, le problème est d’ordre commercial pour cette marque « dont le téléphone dure beaucoup plus longtemps que ceux de ses concurrents », explique Elie Assémat l’un des porteurs de projet. « A long terme, après la phase de croissance, leur modèle ne se fonde pas sur un renouvellement rapide de leurs produits« , ce qui inévitablement pousse à s’interroger sur la viabilité économique : pour ce type de produit, « les modèles économiques habituels ne fonctionnent pas ».

Rarement abordée dans le débat public, cette question de la viabilité économique des entreprises qui mettent sur le marché des produits plus durables « est déjà vivement débattue en interne » estime Elie Assémat, qui ajoute que les premiers concernés « sont d’ores et déjà à la recherche de solutions ». Les consommateurs, mêmes engagés, en ont-ils seulement conscience ?

La location, prétexte pour faire durer

En proposant des objets électroniques à la location, permettant donc de leur assurer entretien et réparation continue, Commown souhaite inverser la logique et provoquer la transition « d’une économie de la possession à une économie de l’usage ». Avec Commown, Fairphone et les autres marques partenaires trouveront dans la coopérative un client régulier qui, à son tour, a tout intérêt à ce que les objets durent dans le temps, non seulement pour qu’ils puissent être loués à un prix raisonnable mais également pour éviter d’avoir à les renouveler trop souvent. Les marques qui intègrent le projet seront toutes sociétaires de la coopérative et économiseront donc la mise en place d’un système équivalent, tout en profitant de la mutualisation de services, comme la maintenance des objets. « Elles pourront ainsi entièrement se consacrer à faire durer leurs objets », se félicite Elie Assémat, qui espère que le modèle engendre une boucle vertueuse.

Mais pour celui qui loue plutôt que d’acheter, le deal est-il réellement intéressant, puisqu’à long terme, il paiera plus qu’en achetant le produit ? S’il on reprend l’exemple du Fairphone, qui sera loué à partir de 19 euros par mois, il faudra un peu plus de deux ans pour payer le même prix que si le téléphone avait été acheté (soit la durée moyenne d’utilisation d’un smartphone, toutes marques confondues). Seulement, la location s’accompagne d’une série de services qui donnent tout leur sens à l’esprit de durabilité du projet, notamment le changement de batterie, la réparation ou l’échange en cas de casse, et ce pendant toute la durée du contrat et indépendamment de l’âge du téléphone loué. La garantie de Commown dépasse donc la garantie légale du constructeur. Indéniablement, nous sommes éloignés de la logique de l’obsolescence programmée.

Commown propose une démarche similaire dans le cadre de la location d’ordinateurs et collaborera avec des producteurs responsables, notamment PCvert.fr, mcarre.fr, whyopencomputing.com.

Fairphone / Flickr

Un modèle opposé au modèle productiviste

« Dans ce modèle, tout le monde a intérêt à ce que les objets durent et à ce qu’ils puissent être facilement réparés », résume Elie Assémat qui espère pouvoir étendre la liste des  produits électroniques durables proposés par le futur à la location (Fairphones et ordinateurs pour le moment). Ceci semble également être une bonne solution pour les entreprises qui veulent offrir du matériel éthique à leurs travailleurs sans investissement massif.

En définitive, le défi de Commown est d’ « encourager la diffusion d’appareils électroniques éthiques en France ». En rejoignant la coopérative, les acteurs peu connus d’un marché de niche pourront gagner en visibilité et compter sur la SCIC pour se développer d’avantage. De cette manière, Commown entend défendre « une vision durable de l’électronique [qui] constitue la fondation de l’électronique responsable ». Reste à voir si les consomm’acteurs seront séduits par l’idée !


Sources : propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / commown.fr

*Commown est actuellement une association loi 1901. Elle sera transformée en Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), si le nombre de précommandes nécessaires est atteint, et si suffisamment de sociétaires et de soutiens financiers se réunissent autour du projet. La location de Fairphones commencera début 2018.

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