« S’il est indéniable que la majorité de la population ne veut pas voir son environnement détruit, très peu se sont décidés à agir dans leur quotidien. Pourquoi ? Certains pensent qu’il est trop tard, d’autres qu’ils n’ont aucun pouvoir, d’autres encore ne savent pas comment faire. » Pourtant, nous pouvons tous et toutes nous engager, que ce soit à l’échelle individuelle comme collective, dans une forme de résistance aussi bien active que passive. La jeunesse a d’ailleurs un rôle capital à jouer : c’est la thèse de l’ouvrage de Johan. À 21 ans, il a déjà créé sa communauté qu’il nomme « Le Jeune Engagé » , avec laquelle il partage son engagement au quotidien. C’est à l’occasion de la sortie de son livre, le Guide du Jeune engagé, que Mr Mondialisation a souhaité échanger avec ce jeune auteur. Interview.


Mr Mondialisation : Bonjour Johan, vous commencez votre ouvrage en insistant sur le rôle de la jeunesse dans la lutte écologiste. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Johan : La jeunesse a un rôle très important dans le mouvement écologiste pour plusieurs raisons. Nous le savons, il ne nous reste que peu de temps pour agir. Les derniers rapports du GIEC sont alarmants. Les premières conséquences du dérèglement climatique se font ressentir, et si nous n’agissons pas maintenant, nous allons vivre un enfer. En tant que jeunes, nous savons que notre avenir est compromis par cette menace omniprésente.

Ce rôle est d’autant plus important que les jeunes sont une cible privilégiée par la société de consommation, cette société promue par le capitalisme, qui souhaite nous faire croire que le bonheur se trouve dans le matérialisme. À travers les influenceurs, les séries TV ou simplement par la publicité, on explique aux jeunes que pour être « cool » il faut consommer. Mais ne nous réduisons pas à cela, la jeunesse à un rôle à jouer car nous avons une volonté de faire changer les choses. De plus en plus de voix s’élèvent et des actions sont mises en place. Les réseaux sociaux peuvent être un danger, mais ils peuvent aussi être un outil redoutable lorsqu’il s’agit de faire passer un message, et ça, nous l’avons bien compris.

Mr Mondialisation : Quand vous évoquez l’engagement, quelle signification en avez-vous  ? 

Johan : Quand on pense à l’engagement, on imagine Greta Thunberg s’exprimant devant des hauts dirigeants, où Hugo Clément faisant un reportage sur la déforestation en Amazonie. L’engagement peut être vu comme une prouesse, réservé à quelques individus charismatiques. Bien que ces personnalités soient importantes dans le mouvement écologique, définir l’engagement par cela serait réducteur.

Ce que j’explique dans mon livre, c’est que nous avons tous et toutes les capacités de nous engager car il n’y a pas une seule façon de s’engager. C’est ce qui fait la richesse du mouvement. Chacune et chacun peut trouver sa voie. Si certains souhaitent mener des actions coup de poing en s’enchaînant à des ponts, d’autres vont préférer commencer par changer leurs habitudes au quotidien. Et c’est très bien. Je ne pense pas qu’il faille comparer les engagements, au contraire, ceux-ci sont complémentaires, et c’est comme ça que nous arriverons à faire changer les mentalités.

Mr Mondialisation : Vous êtes déjà très engagé pour votre jeune âge. Quel a été le déclic ? Et comment vous êtes-vous engagé par la suite ?

Johan : Mon déclic a été assez brutal. J’avais 16 ans, et j’étais sur Twitter, quand j’ai découvert le hashtag #NutellaTueLesOrangsOutans. À l’époque, grand consommateur de cette pâte à tartiner, je découvre que ma consommation participe directement à la déforestation en Indonésie à cause de l’huile de palme. Cette catastrophe écologique me touche particulièrement, et je décide de monter au créneau pour dénoncer cette huile dévastatrice. Je lance deux pétitions contre Nutella, et contre les biscuits LU, utilisant tout deux l’huile de palme.

Ces pétitions ont suscité beaucoup de réactions, 400 000 personnes les ont signées, et le débat était lancé en France. Après m’être entretenu avec les dirigeants des entreprises en question, j’ai découvert que malgré mes 16 ans, je pouvais avoir un pouvoir important si j’arrivais à rassembler. C’est à ce moment que j’ai décidé de créer Le Jeune Engagé, une plateforme permettant d’informer, de sensibiliser et de mobiliser les jeunes sur des thématiques environnementales. Aujourd’hui, on peut dire que Le Jeune Engagé représente la plus grande partie de mon engagement, mais je suis en constante recherche d’autres moyens pour m’engager!

Mr Mondialisation : Que diriez-vous à un jeune étudiant, comme vous, qui souhaite s’engager mais ne sait pas par où commencer ? Y a-t-il des actions concrètes que l’on peut mettre en place facilement ? 

Johan : Bien sûr, c’est d’ailleurs la première partie de mon ouvrage. Je pense que la manière la plus simple de commencer son engagement, c’est de mettre en adéquation son mode de vie avec ce que l’on défend. Je propose 7 actions individuelles pour réduire son empreinte écologique. On y retrouve la nécessité de végétaliser son alimentation, s’habiller et voyager de manière la plus éthique possible, rendre son habitat durable, se libérer du plastique jetable, ou encore de bien choisir sa banque.

Crédits photo : Le Jeune Engagé

Mr Mondialisation : Ce sont effectivement de bons moyens de s’engager, mais cela reste à l’échelle individuelle. Or, on le sait depuis le rapport Carbone 4 (2019), si nous étions tous de parfaits écolos, cela ne réduirait que 25 % de l’empreinte carbone personnelle … la part restante des émissions relevant d’investissement et règles collectives qui sont du ressort de l’Etat et des entreprises. Comment, si on le souhaite, dépasser les petits gestes du quotidien ?

Johan : Vous avez tout à fait raison, les actions individuelles sont importantes, car elles permettent de faire changer les mentalités, mais elles ne sont pas suffisantes pour contrer les dégâts considérables que nous causons à notre planète. Pour moi, les actions individuelles sont un premier pas dans l’engagement, mais nous pouvons aller plus loin. Dans ce guide, je donne quelques pistes pour se mobiliser concrètement sur le terrain. On y retrouve trois grands thèmes de mobilisation : à travers le droit en utilisant la justice (climatique), mais aussi à travers la politique, avec l’importance de ne pas dépolitiser son message puis à travers le prisme de la consommation, en réalisant des actions pour faire changer les entreprises. En tant que citoyens et consommateurs, l’individu a un levier d’action face aux entreprises et aux gouvernements.

Mr Mondialisation : Que répondez-vous à celles et ceux qui disent que c’est déjà trop tard ? 

Johan : Il est fréquent d’entendre ce type d’arguments, souvent utilisés pour se dédouaner de ne pas agir ou de ne pas soutenir ceux qui agissent. Bien que les prévisions des scientifiques sur l’environnement ne soient pas très réconfortantes, j’essaie de rester toujours optimiste. Pour la simple et bonne raison que le pessimisme n’apporte pas grand chose. Je crois, peut-être naïvement, que nous réussirons à modifier le cours de l’histoire, vers une société plus juste et plus durable. Et c’est cette énergie positive qui me pousse chaque jour à m’engager.
Les critiques peuvent être parfois virulentes contre ceux qui s’engagent. Avec les réseaux sociaux, la parole se libère, mais la haine aussi. C’est pour cela que j’ai souhaité faire le point sur les critiques fréquentes que les jeunes peuvent recevoir, pour les aider à ne pas se décourager et savoir comment répliquer, toujours dans la bienveillance. La plupart du temps, les critiques révèlent l’absence de connaissances sur un sujet.

Mr Mondialisation : Dans le même ordre d’idée, certaines critiques mettent en avant le fait que la jeunesse est trop peu informée, voire non légitime, pour s’engager et prendre part aux décisions politiques quant aux enjeux écologiques.

Johan : Cette critique est très fréquente. On a pu le constater lors des discours de Greta Thunberg, où l’attaque facile a été de dire que la jeune activiste était contrôlée par des « adultes » et qu’elle ne savait pas ce qu’elle disait. Je pense que les manifestations pour le climat de la jeunesse ont surpris. On ne s’attendait pas à voir des millions de jeunes partout à travers le monde descendre dans la rue pour exiger une politique climatique. La critique tente de minimiser l’impact de la voix des jeunes en les décrédibilisant. Mais il faut rappeler que ces prises de position s’appuient sur des scientifiques, sur des études. Les jeunes ne sont que des lanceurs d’alerte face à un monde qui ne fait rien. Peut-être que si des mesures avaient été prises auparavant, nous n’aurions pas besoin de descendre dans la rue, nous pourrions nous occuper de nos études, sans se soucier de savoir si nous pourrons vivre dignement en 2050.

Pour répondre à cette critique, il est crucial de bien s’informer. Avant chaque action, chaque prise de position, il est important de faire des recherches, de développer son esprit critique sur le sujet en question. Dans ce guide, vous trouverez ainsi des astuces pour ne pas tomber dans le panneau des fake news, des éléments pour bien analyser des données, ainsi que pour toujours garder une distance critique.

Crédits photo : Le Jeune Engagé

-Propos recueillis par Camille Bouko-levy

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