« Woman at War » : jusqu’où iriez-vous pour protéger les paysages de l’Islande et l’environnement ?

Au cœur de l’Islande, Halla décide de saboter des lignes d’alimentation électrique pour perturber les usines d’une industrie locale de l’aluminium et protéger l’environnement. Mais comment continuer son combat alors qu’elle décide d’adopter un enfant en Ukraine ? Entre les Hautes Terre du pays et la ville, le thriller écologiste du réalisateur Benedikt Erlingsson, assaisonné d’une bonne dose d’humour, interroge les stratégies de lutte ainsi que le destin des défenseurs et activistes de l’environnement. Le film poignant sort dans les salles en France le 4 juillet prochain.

Halla a décidé de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher une industrie locale de l’aluminium de prospérer, quitte à entrer dans une résistance clandestine radicale et à saboter les infrastructures de son nouvel ennemi. Pour protéger les paysages uniques de l’Islande et éviter de nouvelles pollutions, la figure principale dont le rôle est incarné par l’actrice Halldóra Geirharðsdóttir n’hésite pas à s’en prendre aux sources d’alimentation électrique des usines, désorganisant ainsi leur fonctionnement. D’entrée se pose la question des limites de l’écologie de lutte et de la désobéissance civile. En société, Halla est pourtant une femme comme les autres, loin du cliché de l’activiste cagoulée et recluse.

« Ce que je fais, je crois du fond de mon cœur que c’est juste »

La figure de Halla, héroïne féminine qui s’en prend seule à une industrie pour rendre le monde meilleur, est certainement un peu idéalisée, au risque d’oublier le caractère collectif de la lutte pour l’environnement. Mais l‘intrigue du film pose des questions essentielles quant à l’organisation des luttes présentes et à venir et en particulier le recours à de nouvelles stratégies telles que le sabotage pour empêcher les industriels à continuer à polluer et détruire l’environnement. En effet, le personnage n’hésite pas à utiliser une forme de violence matérielle pour empêcher la destruction des paysages de son pays.

Selon le réalisateur, « il  est  clair que  les  droits de  la  nature  doivent  être  considérés  au  même  niveau  que  les  droits  de  l’homme » puisque la préservation des écosystèmes et de l’environnement « concernent le bien commun et notre existence à long terme ». Cette prise en compte demande cependant une évolution de nos mentalités individuelles et collectives, mais aussi de nos valeurs : « nous  devons  comprendre  collectivement  que  la  nature  possède  un  droit  intrinsèque et  une  nécessité  d’exister,  en  dehors  de  nos  besoins  humains  ou  du  système économique ».

En filigrane, le film – qui est par ailleurs une véritable plongée dans la culture locale islandaise – interroge la capacité des États à réagir face à la toute puissance de certains acteurs économiques. Alors que le déclin de la biodiversité s’accélère, menaçant les conditions de vie de tous, le réalisateur pointe le « paradoxe  d’avoir dans  certains  pays un État, un instrument créé par le peuple et pour le peuple, facilement  manipulable par des intérêts particuliers qui vont manifestement à l’encontre de l’intérêt  général. » Le film questionne : doit-on attendre la destruction du monde sans rien faire ? Où, au contraire, risquer la désobéissance civile, par définition hors la loi ? Cette désobéissance peut-elle être parfois justifiable ? À quel prix ?


De la légitimité de la lutte pour l’environnement

Le débat houleux soulevé par le réalisateur est bien là : comment rendre légitime aux yeux du plus grand nombre une résistance considérée comme illégale du point de vue de la loi et ce en dépit de l’urgence qu’il existe à agir ? Plus encore, les gouvernements ne manipulent-ils pas à leur propre fin les mouvements de résistance en opposants les « pacifistes » à ceux qui s’engagent par d’autres moyens d’action directe, alors même que les deux groupes pourraient s’associer autour de stratégies diverses et complémentaires ? Dès les premières minutes du film, cette question est posée, lorsqu’un fermier hésite à venir en aide à l’héroïne qui vient de couper une ligne, au motif que la protéger le rendrait complice « de ce vandalisme ». « Je ne suis pas criminelle, au contraire », répond Halla, résumant en quelques mots le défi idéologique auquel fait face notre société.

Parallèle saisissant, en France, les opposants aux grands projets écologiquement critiquables, que ce soit à Notre-Dame-Des-Landes ou à Bure, se voient également confrontés à la décrédibilisation de leurs actions au motif qu’elles seraient illégales. Par l’émission de règles, une institution peut ainsi valider une destruction collective et criminaliser ceux qui y résistent. Mais lorsque « l’État de droit » devient un argument pour protéger des intérêts particuliers contre ceux de la population, des générations futures et de l’environnement, n’est-il pas temps de questionner la légitimité d’un tel pouvoir ? L’État doit-il demeurer ce régulateur passif des marchés en attendant l’effondrement ? À chacun de trouver une réponse à ces questions.

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