Grèce : Rendons-leur la démocratie ! Troïka basta !

Une pétition intitulée  « Grèce : Rendons-leur la démocratie ! Troïka basta ! » vient d’être lancée par plus de 80 personnalités dans laquelle elles interpellent l’Union européenne, les dirigeants européens, le FMI et les agences de notation : « Cessez votre chantage, votre ingérence dans la campagne électorale grecque ! Laissez le peuple décider ! » En effet les dirigeants allemands et français ainsi que les institutions financières européennes et internationales multiplient les appels au chantage et à la peur afin de dissuader les Grecs de rompre avec les mesures d’austérité et les grands partis néolibéraux.

Militants associatifs,  syndicalistes, élus de gauche, journalistes, écrivains, universitaires, philosophes…plus de 80 personnalités françaises (suivies de nombreux citoyens) lancent un appel adressé aux dirigeants et aux institutions financières : « Grèce : Rendons-leur la démocratie ! Troïka basta ! »

Comme nous l’avions déjà expliqué,  les dirigeants français, allemands ainsi que la Commission Européenne se sont tous livrés à une ingérence historique – et tout à fait antidémocratique – dans une élection nationale, incitant les Grecs à ne surtout pas porter au pouvoir la formation progressiste Syriza. Celle-ci revendique  ouvertement son opposition aux mesures d’austérité et son intention de lancer un audit de la dette, un référendum et une possible annulation de la dette publique « illégitime » car contractée à cause de l’austérité, qui a fait exploser les dépenses sociales et les déficits publics et augmenter dramatiquement les suicides, les maladies et les dépressions.

A leur suite, le FMI, les agences de notations et les banques se sont tous lancés dans cet incroyable chantage, menaçant la Grèce de couper les liquidités ou d’augmenter encore un peu plus les taux d’intérêts auxquels le pays peut emprunter, si les Grecs ne réélisent pas la coalition gouvernementale déjà au pouvoir (socialistes / conservateurs) et exécutrice des mesures d’austérité…

Inutile de préciser que la presse dominante grecque et européenne, souvent liée aux banques et aux multinationales, ne se prive pas de médiatiser les mensonges distillés par les oligarques européens.

En somme, la Grèce, berceau de la Démocratie, est en train de vivre l’une des périodes les plus antidémocratiques de son histoire récente – mise à part la dictature des colonels – se voyant dicter ses choix par des financiers et des dirigeants d’autres pays.

Si la pression se fait aussi forte sur les élections législatives grecques (qui auront lieu le 25 janvier), c’est qu’une arrivée au pouvoir d’une formation anti-austérité, qui serait une première, pourrait provoquer un effet boule de neige dans toute l’Europe. En effet, les grèves et les manifestations se multiplient en Grèce mais aussi en Italie, en Belgique, en Espagne ou au Portugal pour dénoncer les mesures d’austérité et la casse sociale qu’elles entrainent au profit des plus riches – et au détriment des plus pauvres – sapant au passage économie, solidarité, démocratie, libertés et patrimoine public.

Nous n’avons pas la naïveté d’affirmer que cette pétition influencera en quoi que ce soit les leaders européens et les marchés financiers. Mais c’est le minimum qu’on puisse faire pour soutenir le peuple grec.

Pétition : http://troikabasta.wesign.it/fr

Texte de l’appel :

Dans un contexte où les mauvais coups se multiplient en Grèce (corruption de députés, désinformation, restriction des libertés démocratiques…) pour empêcher la victoire possible du mouvement de gauche Syriza aux élections législatives prévues le 25 janvier, voilà que le FMI annonce la suspension de son « aide » et que le commissaire européen à l’économie Pierre Moscovici s’adresse directement aux électeurs grecs pour leur dire dans quel sens voter.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclare quant à lui qu’il « n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir » à Athènes. En Allemagne, le ministre des Finances Wolfgang Schaüble réaffirme au passage qu’il n’y a « aucune alternative » aux réformes conduites en Grèce. Les agences de notation commencent à menacer de dégrader – est-il encore possible ! – la note de l’économie grecque.

Dans la presse européenne, on s’emploie à diffuser la peur du changement afin de dissuader les peuples de l’Union de se tourner vers des formations politiques progressistes proposant le même type de rupture économique que Syriza.

Il est vrai qu’une victoire de Syriza en Grèce pourrait remettre en cause pour l’ensemble de l’Union européenne les politiques d’austérité imposées par la Troïka (banque européenne, commission européenne et FMI) aux peuples contre leur volonté : comme le montrent les manifestations massives au Portugal, en Espagne et plus récemment en Italie, ou la grève générale en Belgique, ne passe plus l’injonction de rembourser aux détenteurs de capitaux des dettes illégitimes au prix de la destruction d’un modèle social qui permettait d’atténuer les maux du capitalisme et de pointer qu’une autre logique est possible.

Devant cette menace pour leurs intérêts – l’exemple islandais les inquiète encore – les serviteurs de la finance en Europe sont prêts à tous les chantages pour confisquer la démocratie en Grèce et ailleurs. Eux qui laissent museler les libertés dans la Hongrie de Victor Orban au nom du respect du suffrage universel trouvent cette fois légitime de s’ingérer dans la vie politique intérieure d’un État : la préservation des intérêts des banques et des multinationales leur est plus importante que la défense des libertés !

C’est au peuple grec, père de la démocratie mais aujourd’hui martyr de l’austérité, de décider souverainement de son avenir.

Nous, citoyens et citoyennes d’Europe, exigeons des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu’elles cessent immédiatement leurs pressions indignes. Ce n’est pas aux institutions européennes actuelles et à la finance de dicter aux peuples ce qu’ils doivent voter ! L’austérité est un choix politique qu’ils doivent pouvoir rejeter démocratiquement ! Nous faisons chorus avec les dirigeants de Syriza pour dire que le problème de la Grèce est celui de toute l’Europe et que ce qui s’y joue pourrait sonner le début d’une nouvelle aventure européenne.

Nous, citoyens et citoyennes d’Europe disons au peuple grec : n’ayez pas peur, comptez sur nous, nous sommes à vos côtés. Notre Europe n’est pas la leur ; elle est la vôtre.


Lire l’article de L’Humanité