Croissance, Pétrole, Consommation : stop ou encore ?

Crise climatique, épuisement des ressources, augmentation des injustices : dans son dernier épisode, #Datagueule met en exergue la saturation d’un modèle de fonctionnement économique qui menace de s’épuiser, emportant l’humanité entière avec lui. Croissance, Pétrole, Consommation : stop ou encore ?

Parfois qualifiée d’Antropocène, notre époque est marquée par une destruction rapide et accélérée des écosystèmes, accompagnée d’un épuisement des ressources. Et ceci semble bien trop rapide pour laisser le temps aux espèces de s’adapter. En dépit des nombreuses alertes – qui ne datent pas d’hier, puisque de nombreux scientifiques s’inquiétaient publiquement de l’avenir de la planète dès les années 1970 – notre société s’entête à vouloir foncer dans le mur, sans s’arrêter, ni même freiner. Car pour une majorité de terriens, la pièce n’est pas encore tombée, et les grands acteurs du monde capitaliste s’entêtent à répéter que tout va bien.

Crédit image : #datagueule

Crise multi-systémique

Au cœur des critiques pour le rôle qu’elles jouent dans le changement climatique, les énergies fossiles continuent d’être grassement financées à l’échelle mondiale, et ce malgré les engagements de la COP 21, rappelle #datagueule. La France ne fait pas exception et se trouve toujours loin de respecter ses engagements au moment des accords de Paris. Dans le même tempes, les publications de ces derniers mois émanant de divers organismes scientifiques sont formelles : la trajectoire d’émissions mondiales de gaz à effet de serre nous mène vers un monde où les températures seront de 3 à 5 °C au-dessus de celles de l’ère préindustrielle.

Un autre phénomène inquiétant doit être observé avec attention, selon les auteurs de la vidéo, qui soulignent que 7 % des plus riches sont à l’origine de 50 % des émissions de gaz à effet de serre, pendant que les 45 % les plus pauvres en émettent la même quantité… La démographie n’est donc pas la seule cause des problèmes actuels : depuis 1820, la population mondiale a été multipliée par 6,6, pendant que les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par 660. C’est le mode de vie des humains qui est donc en question avant leur nombre. En d’autres termes, les inégalités progressent et une bonne partie de la population ne profite pas des nouvelles richesses. La situation devient intenable, tant sur le plan physique (déplétion des ressources et destruction de l’environnement) que social, puisque la croissance des inégalités freine les mutations sociétales d’envergure et accélère le délitement de la société (ce phénomène est par exemple mis en lumière par les travaux de Joseph Tainter ou de Jared Diamond).

Saurons-nous réagir pour sauver ce qui peut encore l’être ? Force est de constater que la situation est délicate : non seulement on observe que les conférences climatiques sont l’occasion pour les parties de se rejeter la responsabilité entre eux, mais en plus la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des pollutions demanderaient que chacun accepte à son échelle de sortir de la société de consommation et de ses excès. Il faut l’avouer, combien d’entre nous sommes prêts à embrasser la simplicité volontaire ? Que fait-on pour nous y aider ?

Crédit image : #datagueule

« Décroissance ou barbarie »* ?

Le retard qu’a pris la communauté internationale dans la protection de l’environnement illustre également les difficultés que pose la transition énergétique. Comme le rappelait l’historien Jean-Baptiste Fressoz lors d’une intervention sur Le Média, à l’échelle globale, « il n’y a jamais eu de transition énergétique dans le passé […] les d’énergies se sont additionnées les unes aux autres ». En d’autres termes, l’usage du charbon n’a pas signé la fin du bois comme combustible, et le pétrole ne s’est pas non plus substitué aux autres énergies, dont l’usage a même continué à progresser. Jusqu’à aujourd’hui, la même règle vaut pour les énergies renouvelables (qui n’en sont pas moins nécessaires). Pour que la transition énergétique soit efficace, il faut donc aller plus loin dans le raisonnement et questionner les mécanismes de croissance qui génèrent cette fuite en avant perpétuelle.

L’une des clés de ce dilemme sera certainement la capacité collective à passer d’un modèle économique en croissance à une société en décroissance volontaire (et non-subie). Au regard des derniers rapports sur l’Énergie, notamment celui de l’Agence International de l’énergie selon qui la demande en pétrole pourrait être plus importante que l’offre d’ici 2025, la paix sociale en dépend.

*Titre d’un livre de Paul Ariès publié en 2005


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