Alors que 17 personnes viennent de perdre la vie dans deux fusillades et une prise d’otage à Paris, voici le portrait de toutes les victimes des attentats contre Charlie Hebdo et une épicerie à Vincennes. La vidéo ci-dessus avait été réalisée en janvier 2012 afin de célébrer les 18 ans de l’ONG Clowns sans Frontières. On peut y voir les dessinateurs Stéphane Charbonnier (Charb), Jean Cabut (Cabu), Georges Wolinski et Bernard Verlhac (Tignous) du journal Charlie Hebdo faisant un clin d’œil à l’association pour l’événement …

7 janvier 2015, une fusillade éclate dans l’immeuble où réside la rédaction de Charlie Hebdo et fait 12 morts. Le lendemain, une seconde fusillade et une prise d’otage dans un hypermarché à Vincennes font 5 victimes de plus.

Les victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo 

Frédéric Boisseau
Frédéric Boisseau était un agent de maintenance et chef d’équipe qui travaillait pour le groupe Sodexo. Il fut la première victime de l’attentat du 7 janvier. Il était dans le hall de l’immeuble au moment des faits, et c’était son premier jour de travail à cet endroit. Frédéric (surnommé Fredo) est décrit par ses proches comme quelqu’un qui était tolérant et bienveillant. Paroles de ses proches : « Il n’était pas journaliste, pas caricaturiste, mais c’était lui aussi un humaniste. C’était quelqu’un qui n’était pas raciste, qui n’avait aucun a priori, aucun préjugé. Chez eux, c’était la maison du courant d’air, elle était toujours ouverte. » Frédéric Boisseau avait 42 ans.

Photo 10 CHPhoto Credit : Arnaud Tousch/RTL

Franck Brinsolaro
Franck Brinsolaro était un policier du Service de Protection des Hautes Personnalites (SPHP) chargé de la protection de Stéphane Charbonnier (Charb). Il était son garde du corps et a été tué au moment de la fusillade. Il accompagnait le dessinateur dans toutes ses sorties une semaine sur deux, et une estime réciproque était née entre les deux hommes. Il est décrit par ses proches comme quelqu’un de courageux qui adorait son métier « Protéger les gens, il avait ça dans le sang ». Il avait commencé sa carrière dans la police à 18 ans. Sa femme Ingrid Brinsolaro (journaliste) parle de lui comme de « quelqu’un de pas du tout politisé, mais qui aimait l’actu, l’info et qui est mort pour la liberté de la presse ». Il était également passionné de moto. Franck Brinsolaro avait 49 ans.

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Photo 11 CHPhoto : DR 

Cabu
Cabu, de son vrai nom Jean Cabut, était un auteur de bande dessinée, dessinateur de presse et caricaturiste. Antimilitariste (sentiment qu’il tenait de son service militaire en Algérie), proche du mouvement anarchiste, fervent défenseur de la cause animale, il transposait ses idées par le biais de ses dessins. Par le passé, il fut l’un des « grands » à avoir travaillé dans le journal « bête et méchant » Hara-Kiri, l’ancêtre de Charlie Hebdo créé par le Professeur Choron et François Cavanna, aux côtés de Gébé, Cavanna, Siné, Reiser, Wolinski et tant d’autres. D’une manière générale, Hara-Kiri est considéré comme l’ancêtre de tous les journaux satiriques français qui ont été lancés depuis. Cabu exprima son talent dans différents journaux comme Pilote, Le Canard enchaîné et bien sûr Charlie Hebdo. Dans les années 80-90, il apparut également dans l’émission Récré A2 au côté de Dorothée. Ses personnages les plus célèbres sont Le Grand Duduche et le Beauf. Jean Cabut était âgé de 75 ans.

Photo 2 Jean CabutCredit photo : Dessons/JDD/SIPA

Elsa Cayat
Elsa Cayat était une psychiatre et une psychanalyste qui tenait une chronique intitulée « Divan » qui paraissait deux fois par mois, et qui traitait avec humour de nombreux sujets de société, de sexualité et de désir. Les témoignages que l’on peut lire de ses patients et amis, lui reconnaissent une grande qualité d’écoute. Elle a notamment écrit l’ouvrage « Un homme + une femme = quoi ? » paru aux Éditions Payot. Elsa Cayat avait 54 ans.

Photo 6Credit Photo : REX/REX/SIPA

Charb  
Charb, de son vrai nom Stéphane Charbonnier (né à Conflans-Sainte-Honorine) était un journaliste et dessinateur satirique. Proche du PCF (Parti Communiste Français), puis du Front de Gauche, il soutenait de nombreuses causes : écologie, protection animale, nucléaire, antiracisme, critique du néolibéralisme…il rentra chez Charlie Hebdo en 1992, duquel il devint le directeur de la publication en 2009, succédant à Philippe Val. Durant sa carrière, il publia également dans Télérama, L’Humanité, Fluide glacial et L’Écho des savanes notamment. Il a écrit plus d’une quinzaine d’ouvrages dans lesquelles apparaissent notamment ses personnages Marcel Keuf et Maurice et Patapon. Ses dessins étaient engagés, subversifs, parfois vulgairement drôles et volontairement « bêtes et méchants ». Il maniait également la plume, toute aussi corrosive, dans ses rubriques « Charb n’aime pas les gens ». Il vivait sous protection policière depuis la publication des caricatures de Mahomet en 2011. Charb déclara en 2012, après l’incendie volontaire du journal : « Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » Stéphane Charbonnier était âgé de 47 ans.

Photo 1 SCCredit photo : Le Monde 

Philippe Honoré
Philippe Honoré dit Honoré était un dessinateur de presse et un illustrateur, et également une figure du journal Charlie Hebdo. Signant de son trait si particulier plusieurs dessins par semaine, il était également engagé pour plusieurs causes dont l’écologie et la protection animale, tout en dénonçant les politiques actuelles d’austérité. Il faisait partie de Charlie Hebdo depuis 1992 et avait également collaboré dans d’autres journaux et magazines comme Libération, Le Magazine littéraire, plus anciennement Hara-Kiri ou encore La Vie Ouvrière. Philippe Honoré avait 73 ans.

Photo 5Credit Photo : radiovl.fr

Bernard Maris
Bernard Maris, surnommé Oncle Bernard, était un économiste, écrivain et journaliste diplômé de Sciences Po Toulouse, qui écrivait notamment dans Charlie Hebdo mais aussi dans Marianne ou Le Nouvel Observateur. Il collabora également longtemps avec le mensuel Alternatives Économiques. Très critique envers le capitalisme, l’austérité et le productivisme, il était parfois considéré comme altermondialiste. Membre des Économistes atterrés, Bernard Maris était l’un des trop rares économistes progressistes et antilibéraux à avoir accès aux grands médias. Il était notamment professeur d’économie, mais aussi auteur des ouvrages « Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles » aux Éditions Points et « Capitalisme et pulsion de mort » (coécrit avec Gilles Dostaler) aux Éditions Albin Michel. Bernard Maris avait 68 ans.

Photo 7 CH Credit photo : BALTEL/SIPA

Ahmed Merabet 
Ahmed Merabet était un gardien de la paix du commissariat du XIe Arrondissement. Ahmed Merabet s’était dirigé vers la fusillade pour intervenir,  c’est à ce moment qu’il fut grièvement blessé avant d’être froidement exécuté. Il venait de réussir la qualification d’officier de police judiciaire. Il est décrit comme quelqu’un de consciencieux, gentil et discret. Dans un point-presse, le frère d’Ahmed Merabet, Malek Merabet s’est exprimé avec ces mots : « Je m’adresse maintenant à tous les racistes, islamophobes, antisémites. Il ne faut pas mélanger les extrémistes et les musulmans. Les fous n’ont ni couleur, ni religion. Je tiens à soulever encore un point : arrêtez de faire l’amalgame, de déclencher des guerres, de brûler des mosquées ou des synagogues. Vous vous attaquez à des gens. Ça ne ramènera pas nos morts et ça n’apaisera pas les familles. » Ahmed Merabet avait 40 ans.

Photo 12 CHCredit Photo : LePoint 

Mustapha Ourad 
Mustapha Ourad était un journaliste et correcteur, notamment pour Charlie Hebdo, qui avait également intégré la maison d’édition Hachette. Ses proches le définissent comme une personne « ayant le cœur sur la main,  humble, gentil, et possédant une immense culture ». Il possédait aussi une grande maîtrise de la langue française, ce pourquoi il exerçait en tant que correcteur. Il vouait une passion pour la culture en général (Littérature et Arts). Mustapha Ourad avait 60 ans.

Photo 8 CHCredit Photo : LePoint

Michel Renaud
Michel Renaud était dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo au moment de l’attentat, ayant été invité par le dessinateur Cabu. Originaire de Clermont-Ferrand, c’était une personne appréciée et investie dans la vie politique de sa ville. Il avait été journaliste chez Europe 1 ou encore au Figaro. Grand voyageur, il avait fondé en 2000 le Festival des Rendez-vous du carnet de voyage. Il est décrit comme un humaniste altruiste par son épouse Gala Renaud. Michel Renaud avait 69 ans.

Photo 9 CHCredit Photo : Franck Boileau / La Montagne / PhotoPQR / MaxPPP

Tignous 
Tignous, de son vrai nom Bernard Verlhac, était dessinateur de presse et un caricaturiste collaborateur de Charlie Hebdo. Il travaillait également pour Marianne et Fluide Glacial, tout en contribuant également à Télérama pour ne citer qu’eux. Ses dessins illustraient souvent les causes écologiques, antiracistes et antilibérales. Il est l’auteur d’une bande dessinée qui traite du Procès Colonna, et a écrit un ouvrage intitulé « Corvée de bois » en collaboration avec Didier Daeninckx. Bernard Verlhac avait 57 ans.

Photo 4 CHCredit Photo : SIPA Press

Wolinski
Georges Wolinski était un dessinateur de presse et le plus ancien membre du journal Charlie Hebdo, où il entra en 1969. Il a également participé aux côtés de Cabu au journal Hara-Kiri, et avant cela encore au journal l’Enragé avec Siné, caricaturiste, l’un des derniers « grands » de l’époque Hara-Kiri encore vivant (et toujours dessinateur et directeur de Siné Mensuel, autre journal satirique). Wolinski avait couvert, à ses côtés, les événements et manifestations de mai 68. Il a également collaboré au Nouvel Observateur, à Paris Match ou encore au journal L’Humanité, pour ne citer qu’eux. C’était l’un des dessinateurs français les plus publiés. Parmi ces thèmes de prédilection, on retrouve les femmes et la politique. Le village des femmes, son premier roman graphique fut publié en septembre aux Éditions du Seuil. Georges Wolinski était âgé de 80 ans.

Georges WolinskiCredit photo : Di Crollalanza Astrid/Sipa/Rex Features

Hommage fait aux dessinateurs en vidéo

Fusillade du 8 janvier à Montrouge

Clarissa Jean-Philippe
Clarissa Jean-Philippe était une jeune policière municipale de 26 ans. Elle est décédée lors de la fusillade de Montrouge au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo. Décrite comme vive et dynamique, elle avait rejoint la police municipale de Montrouge en 2013. Elle était encore stagiaire et voulait se former au métier à l’école de Pantin (Seine-Saint-Denis).

Photo 13 CH Credit Photo : DR 

Prise d’otage à Porte de Vincennes le 8 janvier

Philippe Braham
Philippe Braham travaillait comme cadre commercial dans une entreprise d’informatique. Frère du rabbin de la synagogue, il est décrit par ses proches comme « quelqu’un de dévoué, et toujours prêt à rendre service aux autres ». Philippe Braham avait 45 ans.

Photo 14 CHPhoto : DR 

Yohan Cohen 
Yohan Cohen était un employé du supermarché Hyper Casher, dans lequel a eu lieu la prise d’otage. Il a perdu la vie en essayant de prendre l’arme du preneur d’otage, qui l’a ensuite exécuté. Une de ses amies contactée par un média généraliste le décrit comme « une personne profondément gentille qui faisait passer les besoins des autres avant les siens » et comme quelqu’un « qui n’était jamais en colère ni énervé ». Il avait 23 ans.

Photo 15 CHCredit Photo : AFP

Yoav Hattab 
Yoav Hattab était étudiant en commerce international. Il se trouvait dans l’hypermarché à Vincennes lors de la prise d’otages. Yamina Thabet, présidente de l’association tunisienne de soutien aux minorités a précisé dans le journal Libération combien « c’était quelqu’un d’extraordinaire » et combien c’est « une perte énorme ». Il avait 22 ans. 

Photo 16 CH Credit Photo : AFP

François-Michel Saada 
François-Michel Saada était également dans l’hypermarché à Vincennes lors de la prise d’otage lorsqu’il a perdu la vie. Il était cadre supérieur à la retraite. Un de ses amis le décrit comme « quelqu’un d’extrêmement droit, qui a conduit sa vie pour le bonheur de sa famille, qui ne faisait jamais d’histoire. Un mari, un papa exemplaire. » Il avait 63 ans.


MICHEL SAADA, 63 ans.
Credit Photo : AFP

Pour finir nous rappelons que Lassana Bathily qui travaillait dans l’hypermarché à Porte de Vincennes au moment des faits a caché des otages dans la chambre froide du magasin avant de, raconte t-il, sortir par une issue de secours pour aller donner les clefs du rideau de fer du magasin aux forces de l’ordre. Des forces de l’ordre qui ont ensuite lancé l’assaut.

Le témoignage en vidéo
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Sources : Médiapart / L’Humanité / Gala / Paris Match / Metronews / Le Point / Le Point Afrique/
Ouest France
 / Le Monde / Ouest France / Le Nouvel Observateur / L’Humanité 

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