En dépit d’avancées notables et du déni collectif, nous continuons de vivre dans des sociétés où les femmes subissent de nombreuses injustices et violations de leurs droits. Comme le révélait une nouvelle fois la vague #Metoo, les femmes sont confrontées, que ce soit dans l’espace public ou dans la sphère domestique, à un harcèlement tristement ordinaire et banalisé au point où certains n’hésitent plus à le défendre ouvertement. De surcroît, lorsqu’il s’agit de salaire, d’études universitaires ou de représentativité, les femmes restent largement lésées. Et pourtant, en cette Journée internationale des Droits des femmes, nombre de grandes marques en profitent pour réduire l’évènement à une simple opportunité commerciale qui, précisément, instrumentalisent l’image des femmes et nous éloignent de l’esprit de cette lutte.

Bien que la situation se soit légèrement améliorée ces dernières années (du moins en occident), les structures sociales sont, encore aujourd’hui, cloisonnées et défavorables aux femmes, y compris en France. Par ailleurs, en matière de violences physiques, de viols, d’harcèlement, les femmes pulvérisent toutes les statistiques. Quelques chiffres pour mettre les choses au clair : sur 65 000 faits de violence volontaire constatés par les forces de l’ordre au sein du couple, 60 000 victimes étaient des femmes. En matière de viols et tentatives de viols, 96% des faits touchent des femmes. Si les 4% d’hommes n’en sont pas moins des victimes, le décalage est saisissant. Comment ne pas comprendre leur colère ?

Et pourtant, dans les bavardages ordinaires et les discours de trop nombreux éditorialistes, cette violente réalité est systématiquement relativisée. Il est ainsi devenu courant d’instrumentaliser quelques propos exagérés ou sortis du leur contexte, faussement attribués à l’idéal féministe, pour générer, sur fond de bad-buzz, une guerre des sexes dans l’imaginaire collectif, perpétuer la division et, par conséquent, la négation même du problème. Et pourtant, cette problématique touche aux fondamentaux de nos sociétés : dans quel environnement voulons nous vivre ? « Nous », nos enfants, nos collègues, nos sœurs, nos mères, nos anciens,… Comment peut-on prétendre vivre dans une société juste, moderne et évoluée quand votre sexe détermine déjà un niveau salarial inférieur à compétences égales (-25% pour les femmes en moyenne), une « chance » accrue de précarisation/marginalisation et un très grand risque face aux violences sexuelles ?

Comment ne pas comprendre leur colère ?

Et si ces chiffres édifiants ne suffisent pas à convaincre, il suffit d’observer comment nos sociétés broyées par le prisme de la marchandisation des êtres utilisent cette journée internationale des femmes pour alimenter leur business. Promotions sur les crèmes anti-ride, les sous-vêtements féminins et autres parfums, nous voilà invité(e)s à chaque regard à festoyer dans l’allégresse consumériste plutôt qu’à Lutter pour des droits élémentaires. Mais fêter quoi au juste ? L’apathie collective ? L’indécence est totale et est malheureusement loin de se limiter à cette journée. Le mouvement #Metoo semble déjà bien loin.

Bonne fête les femmes ?

Mais en marge, la lutte continue. Que ce soit dans l’histoire récente ou lointaine, des femmes sont devenues les figures de proue des grandes luttes pour une égalité des chances et des droits, et globalement une prise de liberté sur le joug économique et les structures historiques patriarcales. D’autres participent à la révolution sociale et environnementale silencieuse à leur échelle en montrant qu’il est possible de vivre autrement ou de s’émanciper dans n’importe quel secteur. Des trajectoires de vie uniques et inspirantes qui, contrairement à cette mentalité réactionnaire qui gangrène les esprits, n’ont jamais cherché à s’attaquer aux hommes d’une quelconque manière. Au contraire, elles nous rappellent qu’une plus grande égalité entre les sexes passe inévitablement par une révolution culturelle et politique, mais aussi une plus grande union entre les individus différents qui composent la société.

En guise de rappel, voici quelques-unes de ces figures symboliques qui ont fait l’objet d’un article sur nos pages (Cliquer sur l’image pour avoir accès à aux détails).

1 – Amie des animaux et militante de toujours de leur cause, Lola Webber a co-créé en 2011 une fondation pour leur venir en aide. Parmi les actions de cette fondation, la lutte contre les élevages de chiens en Asie du sud-est, destinés à être mangés, est un des chantiers majeurs. Avec l’aide de bénévoles locaux, de nombreux chiens ont été sauvés et grâce à l’action des militants, les avancées sont notables et les élevages de chiens reculent.

2 – Pendant cinq décennies, Vivian Maier, une nourrice d’origine Française, a photographié le monde autour d’elle, archivant par dizaines de milliers ses clichés des rues de Chicago et du quotidien étasunien, sans jamais cherché à vivre de sa passion ou à se faire publier. Peu avant de mourir, son abondante collection est vendue. Un processus fulgurant de reconnaissance posthume va alors s’activer, faisant découvrir au monde cette œuvre secrète d’une vie, constituée de plus de 150 000 clichés !

3 – Ces dernières années, les femmes ont été de plus en plus nombreuses à vouloir retourner à la terre. Paysannes, horticulteuses, herboristes, elles souhaitent montrer qu’il est possible de bâtir une agriculture à la fois saine, respectueuse de l’environnement et économiquement viable. Nous avons rencontré l’une d’entre elles.

4 – Bien que la planète soit toujours dominée par une vision patriarcale de la société, il existe quelques lieux du monde où l’égalité entre les sexes prime. Le photographe Tristan Savin est allé à la rencontre de ces sociétés.

5 – Construire une tiny-house seule et à partir de matériaux de récupération. C’est le rêve devenu réalité de Sophie, montrant que la simplicité volontaire est également une façon de mieux vivre qui n’a ni sexe ni frontière.

6 – Illustratrice engagée, Muriel Douru tire ses coups de gueule en conservant son humour. Citoyenne ordinaire, elle partage dans son dernier ouvrage ses interrogations quotidiennes concernant les questions sociales et environnementales, mais surtout comment y remédier à son échelle.

7 – Partir autour du monde pour mettre en valeur ceux qui s’engagent pour une société plus respectueuse de l’environnement, c’est le beau projet de Jane Shinasi, une auteure et réalisatrice franco-américaine de trente ans dont nous avons suivi le parcours.

8 – C’était le 4 janvier 2018 dernier. Pour Auriane Bertrand, citoyenne engagée de 26 ans et passionnée d’agriculture, le début d’une grande aventure : partir un an à la découverte de ces acteurs du monde qui défendent les semences paysannes contre le monopole de trois semenciers industriels qui contrôlent 80% du marché mondial des semences certifiées. Un impact non négligeable sur la qualité de notre nourriture, son prix, l’environnement et la santé de chacun qu’Auriane trouve intolérable.

9 – La représentation du sexe féminin peut-il être de l’art ou est-ce seulement de l’obscénité ? Une interrogation à laquelle l’artiste japonaise Megumi Igarashi se retrouve régulièrement confrontée, ce qui l’a menée devant les tribunaux japonais ! Elle qui, par son travail, espère briser enfin le tabou hypocrite qui entoure le sexe féminin au Japon.

10 – Alors qu’elle était destinée au sort funeste du mariage forcé et de la dépendance promise à la plupart des femmes népalaises, Nasreen Sheikh est parvenue à se défaire de ses chaînes pour devenir une fervente défenseure des droits des femmes. Suscitant aujourd’hui l’admiration au sein de la communauté internationale, la jeune femme est parvenue en quelques années à créer une association qui vient en aide aux autres femmes au travers de l’artisanat et de l’éducation.

11 – Dans le Nord-Ouest de l’Inde, au Rajasthan, un petit village de 8.000 habitants célèbre la naissance des filles en plantant 111 arbres. Une tradition écologique et féministe à contre-courant de la société Indienne patriarcale où les garçons sont généralement davantage désirés et respectés.

12 – Vous avez dit vivre avec zéro déchet (ou presque) ?! Impossible ! Et pourtant, Béa Johnson l’a fait ! et elle a entrainé toute sa famille dans son mode de vie. Mais comment une telle prouesse est-elle possible ? Portrait d’une famille bien atypique.

13 – À Hawaii, il existe une micro société anarchiste, fondée et gouvernée uniquement par des femmes. Là-bas, une main est tendue aux personnes dans le besoin, qu’elles soient sans logement ou qu’elles nécessitent seulement un endroit où reprendre pied. Née de l’initiative de la dénommée Twinkle Borge, ce groupe hors-pair doit presque tout à la philosophie et au caractère en fer forgé de sa fondatrice.

14 – Oubliées de l’histoire contemporaine, certaines femmes ont participé aux grandes découvertes scientifiques, en dépit du fait que, sociologiquement, la société réserve majoritairement les disciplines scientifiques aux personnes de sexe masculin.



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